Nous mourrons tous un jour.
Certains meurent bien trop brutalement, d'autres le visage ridé, serein et les yeux remplis de souvenirs. Et il y a ceux qui meurent trop jeunes et ceux qui ont choisi eux-mêmes leur heure. D'une manière ou d'une autre, nous mourrons tous d'une façon différente... la seule chose que nous ayons sûrement tous en commun, c'est qu'aucun d'entre nous ne peut réellement savoir quand notre heure viendra...
Mon heure, la mienne, me terrifie. Ce qui est drôle, c'est que je ne suis pas juste terrifiée qu'elle m'enlève brutalement à tous les miens, je suis terrifiée parce que j'ai peur de ressentir un immense soulagement et une grande sérénité quand celle-ci viendra... Parce que le jour où mon c½ur si blessé s'arrêtera de battre, cela signifiera que quelque part, je serai libre. Mon corps sera léger et je ne ressentirai plus aucune douleur, aucune... plus de douleur physique, ni même de douleur morale. Je n'aurai plus peur de rien, plus peur de l'avenir, du mien... Je n'aurai plus à supporter l'attente morbide de l'hôpital. Je n'aurai plus à guetter le moindre petit signe d'espoir. Mon âme sera libre à jamais. Parce que j'ai mal, si mal. J'ai mal de mes douleurs, j'ai mal de ma vie. J'ai souvent l'impression que mon corps retient mon âme prisonnière... Je suis en prison. Mon corps dicte lui-même ma vie. Je n'ai pas le choix. Ou plutôt j'en ai deux : me battre pour survivre ou me laisser mourir... J'aimerai tellement, le temps d'un week-end, ou d'une petit heure, rester complètement insouciante et rire comme jamais je n'ai ri... Chaque année, c'est le même refrain... Pas d'école, trop fatiguée, aller- retour à l'hôpital, douleur impitoyable...
Je n'aurai plus à supporter les grosses blessures humaines... je n'aurai plus à pleurer certains abandons si malsains et douloureux... Bien que je n'en aie pas tellement connus. Seulement, ce n'est pas tant le nombre qui compte mais ce que ces personnes représentaient pour moi...
Ce qui me terrifie aussi, c'est de songer à un tel soulagement. Parce qu'une partie de moi n'a pas très envie de s'arrêter là. J'aimerais que mes cicatrices intérieures se referment et parvenir à recoudre mon petit c½ur décousu. On m'a promis que ce jour viendrait mais qu'il faut de la patience et du courage.
Du temps... c'est sans doute ce qu'il me faut. Il parait que les douleurs nous rendent plus forts et nous endurcissent. Il parait qu'elles nous aident à surmonter les grosses difficultés de la vie. A ce qu'il parait aussi, c'est qu'un jour je relèverai la tête. Doucement mais sûrement...